Un concert de Sniper dégénère au Palladium de Genève

(Article de Linn Lévy dans La Tribune de Genève du lundi 14 juin 2004)

 

Des bagarres ont éclaté samedi soir entre gardes du corps du groupe français Sniper et son public.

Le Palladium s’est embrasé samedi soir lors du concert de Sniper, un groupe de hip-hop français à la réputation trouble. Le public, composé de près de 500 jeunes adolescents, a dû être évacué avant la fin de la manifestation. Des bagarres ont éclaté entre spectateurs et gardes du corps des musiciens, malgré l’important service de sécurité mis en place. Deux surveillants de la Gérance immobilière ainsi que dix-sept membres de la société privée As Sécurité surveillaient les lieux et la police avait été prévenue des risques.

Il est près d’une heure du matin et la rue du Stand se donne des airs de banlieue parisienne. Voitures de police aux sirènes allumées, sol jonché de débris de verre, jeunes amassés sur les trottoirs… Prévisible ce dérapage? Pas tant que cela. Pour les puristes du milieu hip-hop, Sniper est plutôt considéré comme un phénomène commercial sans grande influence. Et le concert, en janvier dernier dans la même salle, de Booba, un groupe bien plus “politiquement incorrect”, n’a donné lieu à aucun incident.

Gilles-Serge Agboton, responsable d’As Sécurité raconte: “Juste avant de chanter le final, les rappers ont voulu faire venir l’entier de leur staff sur le devant de la scène. Selon nous, c’était trop risqué mais l’un de leurs gardes du corps a insisté. Les personnes des coulisses sont venues face au public et ont commencé à danser. Certains dans l’assistance ont pris ça pour une invitation à les rejoindre.”

D’après divers témoins, c’est à ce moment-là que l’ambiance vire à la bagarre. Un spectateur essaie alors de monter sur l’estrade, mais l’un des cerbères du groupe l’en empêche en lui bloquant le passage. “Le jeune s’est énervé et a attrapé le surveillant au cou, explique un témoin. Un autre membre du staff de Sniper lui a donné un coup de pied dans la figure. Et là, les bagarres ont éclaté des deux côtés de la salle.”

Un vent de panique traverse le Palladium. Passé le premier moment de stupeur, le public se décide à rester dans la salle puisque les échauffourées se limitent à deux petits groupes. Gilles-Serge Agboton décide tout de même d’interrompre le concert. “On a préféré évacuer la salle pour éviter que cela ne dégénère.” Immédiatement prévenue, la police a dépêché plusieurs patrouilles afin de sécuriser l’extérieur de la salle de la rue du Stand.

« Ça aurait pu être évité »

“C’est franchement dommage, ça aurait pu être évité”, se désole amèrement l’un des jeunes coorganisateurs de la soirée, “en discutant avec les membres de Sniper avant le concert j’ai vraiment cru que les on-dit étaient faux, qu’ils avaient en réalité un message fort à faire passer. Mais il n’en est rien. Le problème est venu de leur staff et ils n’ont rien fait pour minimiser les choses. En plein baston, ils étaient dans leur élément.” Une fois le concert interrompu, les bagarres terminées et la police prévenue, les membres de Sniper sont demeurés introuvables.

Pour Pierre Muller, maire de Genève et responsable du Département des finances et de l’administration générale dont dépend la Gérance immobilière municipale chargée des locations de la salle du Palladium , les “risques pris samedi soir étaient calculés”. “Vous m’apprenez que la salle a été évacuée, reconnaît-il. J’ai autorisé la tenue de ce concert et j’assume totalement ma décision. Tout avait été préparé. Le dispositif de sécurité renforcé a bien fait son travail puisqu’il n’y a vraisemblablement pas eu de blessés.”

Une voiture fonce dans la foule

Plusieurs patrouilles de police ont été dépêchées sur les lieux et, aux alentours de 1heure du matin, la rue du Stand a été fermée à la circulation afin d’éviter tout accident. “Tout à coup, un automobiliste français âgé de 20ans a foncé à toute allure avec sa voiture dans la foule amassée devant la salle. Il n’y a pas eu de blessés”, raconte Christophe Zamadzki, porte-parole de la police. Maîtrisé peu après par les gendarmes, le conducteur, qui n’était pas pris de boisson, a avoué avoir “pété les plombs sans raison”.