Un ancien manuscrit montre un Judas n'ayant pas trahi Jésus

(Belga)

WASHINGTON 06/04 (AFP) = Après avoir disparu pendant près de 1.700 ans, la seule copie connue de l'Evangile de Judas, rendue publique jeudi, révèle les relations de celui-ci avec Jésus sous un jour différent du traître l'ayant vendu aux Romains. Le manuscrit de 25 pages en papyrus, écrit en copte dialectal, révélé par la revue américaine "The National Geographic", a été authentifié comme datant du 3e ou 4e siècle. C'est une copie d'une version plus ancienne rédigée en grec. Contrairement à la version des quatre Evangiles officiels, ce texte indique que Judas était un initié ayant trahi Jésus à la demande de ce dernier pour assurer la rédemption de l'humanité. Le passage clé du document est attribué à Jésus disant à Judas: "Tu les surpasseras tous. Tu sacrifieras l'homme qui m'a revêtu". Selon les exégètes, cette phrase signifie que Judas contribuera à libérer l'esprit de Jésus en l'aidant à se débarrasser de son enveloppe charnelle. (dse)

La réhabilitation de Judas : une erreur très ancienne

La cathophobie des temps actuels se manifeste tout particulièrement à la veille des grandes fêtes catholiques, surtout la fête de Noël et la fête de Pâques. A la veille de Pâques 2006, les ennemis de l’Eglise catholique ont choisi de manifester leur cathophobie par la diffusion d’une erreur très ancienne : Judas n’est pas le traître que présente l’Eglise catholique ; en réalité, Judas a livré le Christ à la mort après un accord explicite entre le Christ et lui.

La gnose

La gnose est d’après le sens étymologique une connaissance. Dans l’antiquité chrétienne, la gnose désigne la connaissance qui vient de la foi ainsi que l’étude approfondie des dogmes de la foi. Devant cette gnose orthodoxe, l’Eglise va être très rapidement confrontée à une fausse gnose qui se sépare de la foi et qui est un subtil mélange de doctrines païennes, juives et d’éléments de la foi. Le premier grand défenseur de la gnose orthodoxe contre la fausse gnose est saint Irénée, évêque de Lyon de 177 à 208 dans son célèbre livre Adversus Haereses. Trois autres grands noms de la lutte contre la fausse gnose sont Clément d’Alexandrie (mort en 215), Tertullien (mort en 220) et Origène (mort en 254.

Les évangiles gnostiques

Désormais, nous emploierons le mot gnose dans le sens de fausse gnose. Les gnostiques vont diffuser leurs enseignements par de nombreux écrits qui sont presque tous perdus. Ce que nous connaissons des écrits gnostiques provient souvent des écrits des Pères qui ont lutté contre la gnose comme saint Irénée et Origène. Parmi les écrits gnostiques, nous avons des évangiles gnostiques comme l’Evangile de Philippe dont s’est inspiré le Da Vinci Code. Ces évangiles s’écartent de la foi orthodoxe et ils ont donc été toujours rejetés par l’Eglise comme contraires à la foi. Pour ce motif, ces évangiles font partie des évangiles apocryphes, les apocryphes étant les évangiles qui ne sont pas reçus comme authentiques par l’Eglise.

L’évangile de Judas

Saint Irénée est le premier qui parle de l’évangile de Judas. Il nous en parle dans l’Adversus Haereses et il le range parmi les écrits gnostiques et par conséquent parmi les évangiles apocryphes. Il est normal que le manuscrit retrouvé de l’évangile de Judas date du 3e ou 4e siècle et qu’il soit lui-même une copie plus ancienne puisque saint Irénée est mort au début du 3e siècle. Dans ce manuscrit, il est parlé d’initiation, à savoir de l’initiation gnostique. Il fait allusion à la libération de l’esprit de Jésus prisonnier dans une enveloppe charnelle. Cette allusion est une référence très claire à la doctrine gnostique selon laquelle certains hommes sont en réalité des esprits emprisonnés dans un corps. Il s’agit donc d’un évangile gnostique qui fait de Jésus un esprit renfermé dans un corps. Par conséquent, Jésus n’est ni vrai Dieu ni vrai homme et le christianisme se trouve ainsi détruit de fond en comble. Cela explique le combat que les Pères de l’Eglise ont mené contre la gnose afin de sauver le christianisme.

Conclusion

Si l’évangile de Judas est vraiment historique, comment expliquer sa disparition ? Les évangiles canoniques (les quatre évangiles courants) sont en effet présents dans toute l’histoire de l’Eglise en très grand nombre et dans toutes les langues anciennes du monde antique. Donner plus de poids à l’évangile gnostique de Judas reviendrait par exemple à donner plus de poids à un écrit non officiel contre une multitude de textes officiels soit rejeter des milliers de témoignages concordants pour ne retenir qu’un seul témoignage en sens contraire.

         Il n’est pas étonnant que les ennemis de l’Eglise donnent plus de poids à cet évangile gnostique contre les véritables évangiles. En effet, aux 2e et 3e siècles, les ennemis de l’Eglise étaient les gnostiques, aujourd’hui, ce sont les libres penseurs et autres rationalistes. Nous nous en tenons donc aux évangiles officiels, les seuls authentiques et les seuls vrais : Judas est bel et bien le traître qui a trahi son maître pour trente pièces d’argent.

Un prêtre catholique